La répression de l'ICE ne peut se terminer qu'avec le communisme

Ci-dessous se trouvent quelques réflexions que le Groupe des Travailleurs Internationalistes (IWG) a formulé sur les raids massifs de l’ICE visant la classe ouvrière. Bien qu’elles couvrent différents aspects, le fil conducteur politique doit être clair: ces attaques contre notre classe doivent recevoir une réponse de notre classe. Cela commence par une défence de nos intérêts en stoppant l’assassinat et les enlêvements de nos camarades de classe et en exigeant un niveau de vie plus élevé, et devra se conclure par une révolution prolétarienne où toutes les distinctions de classe seront abolies pour de bon.

La peur et la propagande de haine de l’ICE

L’ICE : la peur glaciale qui a commencé à circuler dans nos veines. La police de l'immigration existe dans un État capitaliste pour une seule raison par-dessus toutes autres : susciter la peur. La bourgeoisie ressent notre agitation. La classe ouvrière est en colère, des masses bouillonnantes de rage face aux abus et aux besoins non satisfaits. La bourgeoisie doit réprimer cette rage pour continuer son travail, sa préparation à la guerre, elle envoie donc ses chiens aboyeurs, ses bêtes sans esprit destinées à nous mordre et à nous effrayer pour nous forcer à la soumission. Collègues, amis, membres de la famille, nous connaissons tous quelqu'un terrifié, regardant constamment par-dessus son épaule, non pas à cause de quoi que ce soit qu'il ait fait de mal, mais à cause de la couleur de sa peau ou de l'orthographe de son nom.

Le capitalisme nous veut apeurés, secoués, divisés. La propagande xénophobe nous est imposée de force, inondant toutes le chaînes d’information qui acceptent de diffuser cette substance vile. La classe ouvrière est attaquée, pas seulement aux Etats-Unis, mais partout. Nous sommes enfermés par nos frontières, nourris de propagande nationaliste et préparés comme des soldats à la guerre tels des cochons destinés à l’abattoir. Ils font cela parce que la classe ouvrière a du pouvoir. La conscience de classe, la chose qui nous unit dans notre combat pour l’existence, notre combat contre la division de classe, est quelque chose qui terrifie les capitalistes jusqu’au plus profond d’eux-mêmes.

Distraire la classe ouvrière dans un temps de troubles généraux est la clé pour s’en sortir avec une oppression de classe flagrante. Les capitalistes nous maintiennent concentrés sur les symptômes du problème plutôt que sur la cause: la société de classes. Ceci serait-il possible si nous ne vivions pas dans une société où la richesse est synonyme de pouvoir? L’ICE terroriserait-il les rues si nous ne vivions pas sous un dictateur, mais sous la dictature du prolétariat? Si nous vivions comme une société de gens travaillant pour satisfaire nos besoins au lieu de remplir les poches de la bourgeoisie? Si nous n’étions pas divisés par des frontières et des querelles mesquines, si nous ne fonctionnions pas sur la base de ce qu'une seule personne peut posséder, mais sur ce que nous pourrions accomplir ensemble? A bas la société de classe! A bas les murs et les centres de détention! A bas ces porcs capitalistes qui se goinfrent pendant que nous mourons de faim!

Le combat jusqu’à présent

Depuis les raids de masse à Los Angeles en juin, il y a eu des vagues continues de résistance spontanées et coordonnées. Des manifestations rassemblant des milliers de personnes ont bloqué les activités de l’ICE, que ce soit en arrêtant les véhicules de l’ICE, en bloquant des centres de détention ou même en lançant des boules de neige sur des agents de l’ICE. Bien qu’elles soient loin d’être universelles, ces actions ont eu des effets tangibles sur la capacité de l’ICE à kidnapper des ouvriers immigrants. En addition à cela, des travailleurs ont mis en place des moyens d’auto-défense rudimentaires. Des travailleurs immigrants ont régulièrement établi des systèmes d’avertissement pour se notifier de la présence de l’ICE, se protégeant contre des raids. Des travailleurs non-immigrés perturbent souvent la détention de leurs voisins. De manière particulièrement encourageante, des ouvriers, surtout dans les secteurs d’éducation et de l’hôtellerie, mettent parfois en place des comités de travail en préparation des raids de l’ICE, développant des stratégies pour protéger les travailleurs ou étudiants immigrés et pour combattre ces attaques violentes. Dans ces cas, la terreur d'État s'est heurtée à la solidarité de classe.

Même si ces actions ont montré l'exemple au reste de la classe, le mouvement contre l’ICE et les déportations a, pour le moment, échoué à trouver sa véritable place dans la politique de classe. La manière dont il pourrait y parvenir sera discutée à la fin de cet article, mais pour l’instant nous soulignerons que la classe ouvrière doit évincer les activistes et les politiciens qui bloquent le chemin. Tout comme dans le sillage des manifestations en hommage à George Floyd, l’initiative des ouvriers est canalisée vers le réformisme bourgeois dirigé par les politiciens démocrates et les “leaders communautaires” ou des groupes activistes dont l’activité est séparée de la classe ouvrière et conduit souvent à des actions absurdes et inefficaces comme des fêtes dansantes devant des centres de détention ou le retour de grattoirs à glace chez Home Depot en guise de protestation.

Pourquoi la classe capitaliste est unie au sujet des déportations

Pendant des décennies, les mesures prises contre les travailleurs migrants sont devenues de plus en plus répressives. Chaque administration successive dépasse maintenant largement les chiffres d’expulsion de la précédente. Nous voyons l’utilisation de camps de concentration, d’abus sexuels généralisés, et de décès en détention, tous des développements récents de l’attaque de l’Etat sur les travailleurs migrants. Pour trouver quoi que ce soit ressemblant à cela, il faudrait chercher avant les années 1960. Cette orientation n'est pas le résultat d'une perspective versatile qui sera balayée par le temps. Elle est motivée par ce qui anime nos ennemis de classe.

La crise de profitabilité est un problème inévitable qui hante la classe capitaliste. Les destructions liées à la Seconde guerre mondiale ont permis aux capitalistes d’entrer dans un court “âge d’or” aux yeux de ses partisans. Ce qui c’est passé était le début d’un nouveau cycle d’accumulation. Des tendances de capitalisme d’Etat nées de la guerre se sont étendues et les débris ont été ressuscité comme usines, au profit de la classe capitaliste. Tandis que cela se produisait, la tendance des capitaux à faire baisser le taux de profit a ravivé le besoin de solutions provisoires contre une menace que l'on croyait morte et enterrée. Pour y parer, l'offensive contre la classe ouvrière s'est intensifiée. Les coups sont tombés sur sa section migrante, qui était mûre pour une exploitation accrue. Ce qui a émergé, c'est une menace croissante de déportation et tout ce que cela implique comme moyen de faire baisser les salaires. Tant qu'il y aura un excédent de migrants, les capitalistes peuvent expulser des travailleurs pour faire savoir que ce n'est pas une menace en l'air.

Ce qui façonne la politique capitaliste et le pinaillage sur cette question, c'est le rapport coût-bénéfice en termes de puissance des capitalistes unis par leur État. Au début de la guerre froide, une approche plus détendue était favorisée pour attirer des spécialistes, puisque c’était le seul avantage que pourrait avoir l’URSS par rapport aux Etats-Unis. Alors que cette vision était éclipsée et que la pression sur la rentabilité s'intensifiait, les capitalistes se sont tournés vers la terreur. Commencée sous la première administration Trump et poursuivie par l'administration Biden et l'administration actuelle, cette tendance vise à découpler les relations économiques avec la Chine et à augmenter la production nationale, ce qui nécessite la construction à moindre coût d'usines, de centrales électriques et d'infrastructures. Parallèlement, le secteur technologique a un besoin croissant de centres de données, de centrales électriques et d'infrastructures. Le secteur de la construction fait largement appel à la main-d'œuvre migrante, compte tenu de la facilité avec laquelle les entrepreneurs peuvent commettre des fraudes et du caractère sporadique de l'activité. Même dans le meilleur des cas, la crise climatique entraînera la plus grande migration de masse de l'histoire de l'humanité, ce qui rendra le coût de la terreur encore moins élevé et le poids des migrants « excédentaires » encore plus pressant. Si rien n'est fait, seule une nouvelle guerre mondiale, relançant le cycle d'accumulation, pourra mettre fin à la recrudescence des attaques contre les travailleurs migrants.

Pourquoi les démocrates sont une pseudo-opposition au régime de déportations

Une réaction courante face à la terreur croissante de l'ICE est le désir des démocrates de reprendre le contrôle du gouvernement afin d'atténuer le problème. Et bien que personne n'aime doucher l'espoir d'une amélioration de la situation, il serait cruel de prétendre que les démocrates pourraient aider. Tout d'abord, il y a le fait que les politiciens démocrates soutiennent systématiquement toutes les formes de maintien de l'ordre, y compris les contrôles aux frontières en général et l'ICE en particulier. Même au milieu des manifestations anti-ICE généralisées contre les rafles d'immigrants à Los Angeles, 75 démocrates de la Chambre des représentants ont voté en faveur d'une résolution exprimant leur gratitude envers l'ICE. Plus concrètement, lorsque les démocrates ont pris le pouvoir dans le passé, le budget de l'ICE a considérablement augmenté. Malgré leurs déclarations occasionnelles affirmant le contraire, les démocrates se sont montrés peu disposés ou incapables de mettre un frein aux pires abus de l'ICE. Indépendamment de leurs promesses électorales, les démocrates ont clairement montré qu'ils laisseraient l'ICE commettre toutes les atrocités qu'elle souhaite. L'idée que les mêmes politiciens qui ont toujours donné carte blanche à l'ICE pour terroriser les immigrants prendraient soudainement une position de principe contre l'ICE relève de l'utopie.

Bien sûr, il est possible d'élire un certain nombre de démocrates plus « progressistes », qui n'ont pas encore montré qu'ils se rangeraient du côté de l'ICE plutôt que de celui des personnes qu'elle terrorise. Mais même si nous admettons que, dans un avenir proche, non seulement tous les démocrates les plus progressistes sont sincères dans leurs convictions, mais qu'ils parviennent également à accéder au pouvoir, un problème plus profond subsisterait. Ils devraient diriger l'État, en supposant qu'ils en aient pris le contrôle, et la terreur de l'ICE est un élément indispensable au fonctionnement de l'État américain.

La compétition toujours plus féroce dans un contexte de crise économique mondiale qui s'aggrave ne permet pas aux politiciens d’abandonner des opportunités massives pour le profit. C’est pour cela que, pour quiconque souhaite diriger l’Etat, terroriser les immigrés pour les pousser à accepter des salaires plus bas (tout en enlevant les immigrés dont la présence n’est pas profitable au capital national américain) n’est pas optionnel.

Notez que ceci n’est pas un problème pour ceux d’entre nous qui souhaitent démolir l’Etat au lieu de l’administrer. Mais même les démocrates les plus progressistes ne partagent pas ce but. Ce sont des patriotes libéraux, jusqu’au bout, et quand il le faudra, ils superviseront toutes les atrocités nécessaires pour protéger l’Etat américain.

Le chemin à suivre

Comme pour la lutte sur le lieu de travail, le seul chemin à suivre passe par l’auto-organisation de notre classe. Le mouvement anti-déportation, là où il existe, est actuellement interclassiste, tant dans sa composition que dans sa politique. Si nous voulons avoir une chance de remporter cette lutte, cela doit changer. Les capitalistes et leurs représentants, grands et petits, disposent déjà d'une force grâce à leur unité: leur État. C’est dans leur intérêt de canaliser toute la colère vers des voies inutiles. Notre classe, en revanche, trouve initialement sa force et sa propre conscience de soi à travers la défense de nos intérêts, ce qui peut ensuite se transformer en offensive. Cela pourrait se traduire par la prévention des expulsions sur votre lieu de travail et l'intégration de revendications économiques pour élargir la lutte, sans attendre de sanction officielle des autorités.

Pour aboutir à quelque chose, l'action doit être liée à une classe capable de s'attaquer à la tâche à accomplir. Lorsqu'il s'agit de s'opposer à quelque chose d'important pour les intérêts de la classe dirigeante, l'activisme ne peut exister que comme substitut à une menace réelle. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que des liens entre les perspectives révolutionnaires et la classe apparaissent de nulle part. Ce qu'il faut, c'est un parti communiste international digne de ce nom, créé en nous intégrant dans la lutte des classes et en luttant sur le terrain de notre propre classe. À partir de là, nous pourrons mettre fin aux attaques contre les travailleurs migrants et au mode de production capitaliste qui les a engendrées.

Internationalist Workers’ Group
Janvier 2026

Notes:

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Tuesday, February 3, 2026