Les croix de bois

Lorsqu’on demandait au célèbre journaliste révolutionnaire John Reed quels étaient les véritables motifs de la Première Guerre Mondiale, il répondait invariablement: les profits. Derrière les innombrables massacres qui ont maculé le XXème siècle, derrière les discours patriotiques, l’exaltation religieuse, les prétentions humanitaires, le déchaînement anticolonialiste, derrière tous les prétextes lénifiants, la cause de la saignée n’a toujours été, en dernière analyse, qu’une quête effrénée de profits.

Tout comme la récente guerre en ex-Yougoslavie, le conflit en cours en Tchétchénie est impérialiste.

Malgré le tissu de mensonges ourdi par les officines de propagandes des différents camps, cette guerre n’a rien à voir avec l’autodétermination de la Tchétchénie, l’arrestation de “bandits terroristes”, l’expansion du fondamentalisme islamique ni même la consolidation de l’autorité de la clique de gangsters occupant le Kremlin. Cette guerre a pour cause la dispute du contrôle de la riche production pétrolière, potentielle et actuelle, du Caucase, de la mer Caspienne et des territoires connexes. De fait, au-delà des combattants engagés sur le terrain, cette guerre met en cause la Russie, les États-Unis et l’Union européenne. Elle est une partie intégrante des stratégies de reconstruction des blocs impérialistes opérant depuis l’effondrement de L’URSS stalinienne.

Cette guerre témoigne de l’immense domination idéologique que la bourgeoisie maintient encore sur notre classe, puisque ce sont des prolétaires, enrôlées de gré ou de force, avec ou sans uniformes, qui servent de chair à canon aux armées bourgeoises.

Cette affirmation, nous la faisons sans cynisme ni défaitisme mais par souci de vérité; parce qu’il faut connaître et admettre la réalité lorsqu’on cherche à la transformer.

Le prolétariat n’a donc pas de camp dans ce conflit. Les travailleurs et les travailleuses n’ont aucun intérêt à soutenir le nationalisme, qu’il soit russe ou du Caucase. Le seul camp à défendre et à promouvoir est celui d’une classe ouvrière unie, organisée, autonome et armée pour mettre fin à toutes les guerres en renversant le système capitaliste qui les génère. Il faut abattre l’ogre qui se nourrit quotidiennement de notre humanité!

Entre-temps, tant que domineront les illusions sur la démocratie, le réformisme et la paix sociale, nous serons régulièrement convié-e-s à la table du banquet des riches pour y être dévoré-e-s. La bourgeoisie s’émerveillera des beautés de sa bulle spéculative et les généraux s’accorderont les honneurs et les médailles de leur “profession”. Il y aura pour eux des croix; Croix Victoria, Croix de la Légion d’honneur,

Croix de guerre, Croix militaire, Croix de fer. Mais pour le prolétaire soumis au diktats du capital, il n’y aura toujours inévitablement qu’une simple croix de bois...

Victor