Bilan de la réunion publique du 7 mars 2026

Le GRI a organisé une réunion publique, le 7 mars 2026, à Paris, centrée essentiellement sur la situation internationale. 23 personnes y ont participé. Parmi elles, des militants ou sympathisants du CCI, du PCI-Le Prolétaire, du PCI Cahiers Internationalistes ou du GIGC, un camarade de la CNT-SO, ainsi que plusieurs personnes non affiliées politiquement mais se considérant proches des idées de la gauche communiste. Un premier constat s’impose : si nous ne pouvons qu’être conscients du faible nombre de participants, dans un contexte peu favorable au développement des idées révolutionnaires, où le milieu de la gauche communiste est éclaté et marche à contre-courant face aux mouvements réactionnaires, nationalistes ou gauchistes, nous pouvons cependant nous réjouir du fait que près de la moitié de la salle était composée de jeunes éléments, nouvellement intéressés par les idées de la gauche communiste.

La discussion a débuté par un propos liminaire de notre organisation (cf ci-dessous) reprenant les grandes lignes de notre analyse de la situation internationale. Cette dernière se caractérise, selon nous, par une marche vers la guerre généralisée, dont témoigne la montée des tensions inter-impérialistes entre le bloc russo-chinois et le bloc occidental et la multiplication des foyers guerriers, notamment en Iran et en Ukraine ; un renforcement de l’impérialisme américain dans son pré-carré au Moyen-Orient et en Amérique latine ; une remilitarisation des économies ; et enfin une crise historique de rentabilité du capital, à la base des conflits mondiaux pour le repartage du monde. Elle a été divisé en deux parties. D’abord, comment analyser la situation internationale ? Ensuite, comment les minorités révolutionnaires doivent-elles intervenir au sein de la classe pour lutter contre la marche à la guerre et la multiplication des conflits ?

Un consensus s’est rapidement dégagé quant à la perspective catastrophique et barbare vers laquelle nous mène le capitalisme. Les militants présents du GIGC et des PCI ont approuvé la thèse selon laquelle le capitalisme décadent, qui ne parvient pas à relancer un nouveau cycle de croissance depuis le début des années 1970, et confronté à une baisse du taux de profit, nous entraîne inévitablement vers une polarisation et un affrontement entre deux blocs (Chine et États-Unis), qui ne peut conduire qu’au déclenchement d’une troisième guerre mondiale pour l’accaparement des ressources et la conquête de nouveaux marchés face à la crise de surproduction. Néanmoins, les militants du CCI ont défendu une toute autre perspective : la situation ne correspondrait pas à une marche vers un conflit généralisé, mais davantage à une multiplication de conflits locaux ou régionaux aux potentialités catastrophiques, capables de détruire toute vie humaine. Tout ne serait en réalité qu’anarchie, chaos et irrationalité. Selon ces militants, il n’existerait pas de polarisation entre deux blocs, puisque les blocs auraient disparu depuis la fin de la guerre froide, et même en leur sein, il existerait des tensions qui les empêcheraient de se structurer dans la durée.

A cela plusieurs intervenants ont affirmé que les blocs et alliances ne sont jamais fixes, ils évoluent, y compris en plein conflit. Avant la Seconde guerre mondiale, les blocs n’étaient toujours pas fixes (l’Italie fasciste a longtemps été alliée des démocraties occidentales tout au long des années 1930, et l’URSS a été alliée de l’Allemagne nazie avant de se rapprocher des Alliés en 1941). Par ailleurs, le CCI confond les contradictions fondamentales entre les blocs pour le partage du monde, et les contradictions secondaires au sein même des blocs. Qui peut affirmer aujourd’hui que les puissances européennes sont en opposition avec les États-Unis ? Ne voit-on pas, au contraire, un alignement constant sur leurs logiques prédatrices et guerrières ? Les puissances qui se distanciaient autrefois des États-Unis, comme la France ou l’Allemagne, sont aujourd’hui pleinement intégrées dans l’OTAN face à l’ennemi commun russo-chinois.

La seconde partie concernant l’intervention des minorités internationalistes et communistes révolutionnaires au sein de la classe a provoqué de plus amples débats. Nous avons défendu la formation des comités No War But Class War (Pas de guerre mais guerre de classe !), qui visent à regrouper les minorités internationalistes, intervenir dans la lutte de classe au quotidien, organiser des réunions publiques sur le danger de la marche à la guerre, et établir un lien direct entre les attaques anti-ouvrières qui vont se multiplier dans les prochaines années et la marche à la guerre.

Les différents PCI ainsi que le CCI considèrent que ces comités sont un « bluff », des « coquilles vides » ou encore une alliance « opportuniste » avec les anarchistes. A l’inverse, nous estimons que ces comités permettent de lutter contre le sectarisme de parti et l’éparpillement des révolutionnaires internationalistes, qui partagent pourtant un même rejet de la guerre impérialiste et de l’ensemble des camps bourgeois en lutte pour la conquête des ressources et le partage de la plus-value mondiale, et qui considèrent que la classe ouvrière est la seule classe capable de mettre un terme à la barbarie capitaliste dont le paroxysme est la guerre. Une minorité d’organisations anarchistes partagent ce point de vue. Cela ne signifie pas pour autant que nous nions les différences qui distinguent nos deux courants. La tradition anarchiste privilégie des modes d’action individuels contre la guerre, tandis que la tradition marxiste privilégie, quant à elle, l’action collective de la classe ouvrière, la lutte de classe. Nous considérons néanmoins que nous partageons une base solide de positions communes : les cinq points des comités NWBCW, les mots d’ordre de transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, de défaitisme et de fraternisation des opprimés, ainsi qu’une analyse commune des causes de la guerre, qui nous permet de travailler ensemble.

Un autre point de désaccord concerne la question des luttes économiques immédiates et la situation de la lutte des classes à l’échelle internationale. Sur le premier point, le camarade du GIGC considère que notre analyse tend à nier ou à relativiser l’intérêt pour les communistes de participer à ces luttes. Nous renvoyons les lecteurs intéressés par cette question aux Thèses sur le rôle des communistes dans les luttes économiques de la classe ouvrière (1). Sur le second point, et à l’inverse du CCI, nous ne considérons pas qu’il existerait une reprise historique de la lutte de classe. Certes, il existe des mouvements qui montrent une forme de revitalité de la lutte de classe, en Europe ou aux États-Unis en 2022-2023, et dans certains pays comme l’Inde, la Chine ou l’Iran. Cependant, ces luttes restent encore lourdement marquées par le poids de la contre-révolution, et l’influence persistante du syndicalisme, du nationalisme, du démocratisme ou du gauchisme, qui les condamnent invariablement à la défaite.

Malgré ces critiques, la réunion s’est déroulée dans un cadre fraternel, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. Nous considérons que ces espaces de discussion, de réflexion et de débat sont essentiels dans une période lourde de dangers pour la classe ouvrière, non seulement pour confronter les points de vue et opinions des militants et sympathisants de la gauche communiste, mais aussi pour proposer un débouché politique aux personnes nouvellement intéressées par les propositions des minorités internationalistes révolutionnaires.

Propos liminaire

Nous ne pouvons pas commencer cette réunion sur la situation internationale sans évoquer la situation en Iran. Ce 28 février, les forces armées israéliennes, en coordination avec celles des États-Unis, ont lancé une opération militaire sans précédent contre la République islamique d'Iran. Cette attaque, planifiée depuis des mois, s'inscrivait pourtant dans le cadre de négociations indirectes entre les autorités iraniennes et américaines, sur la question du programme nucléaire iranien notamment, alors même que le gouvernement américain renforçait sa présence militaire dans la région. Des lieux de pouvoir et militaires stratégiques ont été visés, ainsi que la résidence du guide suprême iranien. On a appris dès le lendemain que plusieurs hauts dignitaires du régime, notamment l'ayatollah Khamenei, étaient morts à la suite de frappes conjointes israélo-américaines.

Que l'on ne se méprenne pas : l'objectif de l'intervention n'est pas simplement de mettre un terme au programme nucléaire iranien, ou d'empêcher que le programme balistique puisse à terme viser le territoire américain, comme l'évoque la propagande gouvernementale pour le moins confuse des derniers jours. Tous les spécialistes considèrent qu'en l'état actuel, cela prendrait plusieurs années voire décennies pour y parvenir. L'objectif visé est tout autre : il s'agit clairement d'obtenir la capitulation du régime iranien, dans le cadre de la montée des tensions inter-impérialistes entre le bloc de l'OTAN dominé par les États-Unis, et le bloc russo-chinois, allié de l'Iran mais profondément affaibli depuis quelques années. Entre autres exemples qui témoignent de cet affaiblissement : l'essoufflement de l'économie de guerre russe et l'absence de progression de son armée sur le terrain, l'affaiblissement des alliés de l’Iran au Liban (le Hezbollah) et à Gaza (le Hamas), la crise économique historique à Cuba et la perte de légitimité du régime castriste aux yeux de sa population, ou encore l'alignement récent du Venezuela et de la Syrie sur les intérêts étasuniens, après avoir longtemps été alliés de l'Axe de la résistance.

Les États-Unis, Israël et l'Iran avaient déjà connu une première guerre en juin 2025, qui avait duré douze jours, lorsque les installations nucléaires de l'Iran avaient été bombardées et partiellement détruites. Il s'agit désormais non seulement de détruire totalement l'arsenal militaire de la république islamique pour imposer la domination des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés sur le Moyen-Orient, zone hautement stratégique pour ses ressources pétrolières et gazières et perçu par les Américains comme leur pré-carré, mais aussi de provoquer un changement de régime, plus favorable aux intérêts étasuniens, comme cela a eu lieu au Venezuela il y a un mois à peine. Pour rappel, le 3 janvier 2026, le président du Venezuela Nicolas Maduro est enlevé par les forces spéciales américaines. Il est remplacé par sa vice présidente Delcy Rodriguez, qui décide de s'aligner complètement sur les demandes américaines. Les ressources naturelles sont privatisées (pétrole, gaz, ressources minières) et accaparées par des entreprises étrangères, essentiellement américaines.

Dans les deux cas, la prise de contrôle des ressources naturelles stratégiques est centrale dans la décision d'intervenir militairement : l'objectif du renversement de Nicolas Maduro n'est aucunement la défense de la dite « démocratie » face à la tyrannie, comme certains l'ont prétendu pour justifier le coup d'état, mais 1/ la conquête des principales réserves de pétrole au monde au bénéfice des seuls États-Unis et 2/ l'affaiblissement du bloc russo-chinois. La Chine bénéficiait en effet largement des exportations de pétrole du Venezuela, puisqu'elle en absorbait 80 %, de la même manière que Cuba. En Iran, là encore, il s'agit de contrôler les gigantesques mannes pétrolières du pays au seul bénéfice des intérêts américains et au détriment de ceux de la Chine, qui en bénéficie à un prix défiant toute concurrence en raison des sanctions et dont Pékin dépend largement pour son approvisionnement pétrolier.

Ces conflits s'inscrivent dans une montée des tensions inter-impérialistes, une remilitarisation des économies, et la marche à la guerre généralisée. Russie-Ukraine, Palestine-Israël, États-Unis contre le Venezuela ou l'Iran : autant d'affrontements par proxy (ou guerres par procuration) visant à affaiblir l'autre camp. Les récentes tensions autour du Groenland en témoignent également : si les États-Unis n'avaient aucun intérêt à provoquer d'inutiles tensions ou scissions au sein du camp occidental, ils ont par contre tout intérêt à prendre le contrôle des terres rares et ressources minières du Groenland, cruciales pour le bon fonctionnement de l'industrie, ainsi que de sécuriser les voies maritimes dans l'Arctique face aux prétentions russes.

Si ces conflits régionaux ont tous des causes qui leur sont propres (l'accès au pétrole, l'élargissement de l'Otan à l'Est, le renforcement de l'impérialisme américain dans son pré-carré au moyen-orient et en Amérique latine par exemple), ils s'insèrent néanmoins dans le cadre d'une crise historique de rentabilité du capital, à la base des conflits généralisés. Le panorama de l'économie mondiale est en effet sombre : depuis la fin des Trente glorieuses au début des années 1970, on observe un déclin continu du taux de croissance mondial et du taux de profit. Cela concerne évidemment en premier lieu les États-Unis et l'Europe, mais aussi des puissances émergentes comme la Chine, qui connaît une chute de la consommation, une crise de surproduction et une bulle spéculative autour du secteur immobilier qui menace de s'effondrer. Les gains de productivité à l'échelle internationale sont de plus en plus faibles, et on peut douter de l'impact de l'intelligence artificielle sur ces derniers, qui seraient largement surestimés selon certains économistes. Des investissements faramineux de plusieurs centaines de milliards de dollars ont été décidés par une poignée d'entreprises multinationales, mais sans que cela ne se répercute pour le moment sur l'économie réelle et sur les bénéfices de ces entreprises, d'où la crainte de l'émergence d'une bulle spéculative autour de l'IA. Sans ces investissements pharaoniques, l'économie américaine serait presque en récession. L'exemple américain témoigne clairement des évolutions récentes du capitalisme financiarisé : une économie réelle moribonde, et un secteur technologique et financier en plein boom, sans répercussions concrètes sur la première. Il s'agit là de la fin d'un cycle de croissance, qui ne parvient plus à redémarrer depuis près de 50 ans, et ce alors que les crises économiques se multiplient à intervalles réguliers tous les 10 ans.

Les principales puissances capitalistes et impérialistes, à la recherche de débouchés et de nouveaux marchés face à la surproduction et à la baisse du taux de profit, doivent les conquérir par tous les moyens à leur disposition, y compris la voie militaire qui n'est autre que la continuation de la politique par d'autres moyens, tant que cela permet d'affaiblir le camp adverse. Ces aventures militaires américaines, bien éloignées de l'isolationnisme initial du camp trumpiste, visent clairement à déstructurer le camp anti-américain en affaiblissant économiquement, politiquement et militairement les alliés de Moscou et de Pékin. Non seulement par des menaces et sanctions économiques (Panama, Inde, etc, on le voit notamment avec le cas de l'Amérique latine et le « Bouclier des Amériques » qui vise à protéger les intérêts américains face à l'essor commercial de la Chine dans la région), mais aussi par des opérations directes. Le cas de Cuba en est symptomatique : le gouvernement Trump menace continuellement Cuba d'une intervention militaire pour provoquer un changement de régime, tout en appliquant une politique de sanction économique qui vise à provoquer un écroulement du régime pseudo-communiste.

L'hégémonie américaine est aujourd'hui en crise, et les interventions militaires sont l'unique solution pour y faire face. Je cite l'article que nous avons écrit sur la situation au Venezuela : « La dette fédérale américaine augmente depuis des décennies et s'élève aujourd'hui à 38 000 milliards de dollars, ce qui signifie que les paiements d'intérêts du gouvernement américain s'élèvent désormais à 1 200 milliards de dollars par an. Cela a fonctionné pendant des décennies parce que le dollar reste la monnaie du commerce mondial. Mais depuis les années 1990, cette domination est remise en question. Les Chinois, les Russes et, de plus en plus, d'autres membres des pays des BRICS ont évité autant que possible le dollar. Le fait que l'Arabie saoudite n'ait pas maintenu l'accord de 1974, dans lequel elle s'engageait à fixer le prix et à vendre son pétrole en dollars, est peut-être le plus révélateur. Et, bien sûr, lorsque la Chine est devenue le principal acheteur de pétrole vénézuélien après les sanctions imposées par Trump en 2016, le dollar a été écarté des échanges commerciaux. Trump est donc prêt à tout pour mettre la main sur toutes les ressources possibles, à commencer par le pétrole vénézuélien. Non seulement la saisie de ses immenses réserves stimulera l'économie américaine, mais elle permettra également de les soustraire à la Chine et, dans le même temps, de défendre le pétrodollar contre les producteurs de l'OPEP et la Russie, et de les empêcher de fixer les prix du pétrole » (2).

Tous les États se préparent aujourd'hui à la guerre, et au risque de guerre généralisée. C'est vrai des pays européens qui se réarment et qui prévoient un conflit direct avec la Russie dans les prochaines années, c'est vrai des États-Unis qui veulent doubler leur budget militaire, mais c'est également le cas pour la Chine, qui s'y prépare activement en renforçant son arsenal militaire, notamment dans la marine. L'objectif est de préparer un blocus autour de Taïwan, en mer de Chine orientale, qui est un acteur central pour la fabrication des semi-conducteurs dont dépendent amplement les principaux secteurs de l'économie mondiale. On observe également la multiplication des conflits en mer de Chine méridionale et en Océanie, qui sont des routes maritimes stratégiques, entre la Chine et les alliés des États-Unis dans la région indo-pacifique. La Chine tente d'étendre sa route de la soie à de nouvelles régions en multipliant les prêts à de petits États pour s'accaparer les matières premières et ressources stratégiques, comme c'est également le cas en Amérique latine et en Afrique.

Pour financer l'économie de guerre, se préparer à de futurs conflits et relancer le taux de profit sans pour autant sacrifier les dépenses régaliennes, les États bourgeois n'ont qu'une seule possibilité : mettre en place des mesures d'austérité visant à trouver de nouvelles ressources pour augmenter les budgets militaires. Cela est assumé cyniquement par tous les gouvernements bourgeois, de droite comme de gauche : la dirigeante social-démocrate du Danemark explique par exemple qu'il faudra travailler jusqu'à 70 ans pour se préparer à la guerre contre la Russie, tandis que le gouvernement conservateur allemand dénonce l'absence de réformes structurelles en France pour financer les 5 % de budget destinés à l'armée à l'horizon 2035. Pourtant, les budgets successifs en France s'inscrivent clairement dans cette même logique : compression des dépenses publiques et notamment des dépenses sociales, attaques anti-ouvrières sur les retraites, l’assurance chômage ou la sécurité sociale, et augmentation drastique des budgets régaliens.

Face à cette montée des tensions sociales, économiques et impérialistes, la classe ouvrière ne peut avoir aucune confiance dans ses faux amis. Encore récemment, en France, nous avons vu la plupart des syndicats accepter des coupes drastiques sur l'assurance chômage, au delà même des demandes du gouvernement. Ceux-là même qui n'ont rien fait contre le budget austéritaire de Lecornu-Macron, comprenant près d'une dizaine de milliards de coupes budgétaires, si ce n'est quelques manifestations-promenades qui n'ont réuni que quelques dizaines de milliers de participants au mieux. En France, tous les partis sont en faveur de l'augmentation historique des dépenses militaires, de l'extrême droite jusqu'à la gauche radicale (LFI, PCF). En Europe, gouvernements de gauche et de droite membres de l'OTAN sont alliés pour suivre à la lettre les desiderata de Trump et augmenter les budgets militaires au détriment des dépenses sociales, avec la complaisance des organisations syndicales. Tous les gouvernements soi-disant « anti-impérialistes » cherchent également à se rapprocher de Trump et obéissent à ses moindres demandes par crainte des représailles. La classe ouvrière ne peut compter que sur elle-même pour faire face aux attaques anti-ouvrières qui vont se multiplier dans les prochains mois et les prochaines années, en raison justement de la crise de rentabilité du capital et de la remilitarisation des économies. Pour ce faire, la Tendance Communiste Internationaliste a défendu le regroupement des minorités révolutionnaires au sein des comités No War But Class War (Pas de guerre, mais guerre de classe !), dans l'objectif de défendre des mots d'ordre internationalistes prolétariens, sur la base de cinq points fondamentaux :

1- Contre le capitalisme, l'impérialisme et tous les nationalismes. Aucun soutien à chaque Capital national, au « moindre mal » ou aux États en formation, aux « Démocraties » contre les « Totalitarismes ».

2- Pour une société où les États, le travail salarié, la propriété privée, l'argent et la production pour le profit sont remplacés par un monde de producteurs librement associés.

3- Contre les attaques économiques et politiques que la guerre actuelle, et celles à venir, vont déchaîner contre la classe ouvrière.

4- Pour la lutte auto-organisée de la classe ouvrière, pour la formation de comités de grève indépendants, d'assemblées de masse et de conseils ouvriers.

5- Contre l'oppression et l'exploitation, pour l'unité de la classe ouvrière et le rassemblement des authentiques internationalistes.

Plusieurs comités ont déjà été fondés depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, en Corée du Sud, en Italie, au Royaume-Uni, en Turquie, au Canada, aux États-Unis, en Australie ou au Népal. Ils permettent 1- de regrouper les minorités internationalistes révolutionnaires au delà du sectarisme de parti qui prédomine largement dans le milieu de la gauche communiste, 2- de diffuser les positions internationalistes intransigeantes lors de manifestations ou de réunions publiques, et 3- de faire un lien direct entre la multiplication des attaques anti-ouvrières et la marche à la guerre. Il ne peut y avoir, dans cette situation, qu'un seul mot d'ordre pour tout militant internationaliste révolutionnaire : guerre à la guerre, défaitisme révolutionnaire, affirmation de la lutte de classe sous toutes ses formes contre toute bourgeoisie nationale, et fraternisation des opprimés pour transformer la guerre impérialiste en guerre civile, renversant ce capitalisme pourrissant et décadent.

Aujourd'hui, la situation ne prête évidemment pas à l'optimisme. On a pu observer des exemples de luttes importantes, notamment en 2022 au Royaume-Uni, en France en 2023 pendant la réforme des retraites, en Chine ou en Iran depuis quelques années, mais on ne constate pas pour autant de reprise générale de la lutte des classes. Le nombre de grèves diminue année après année dans la plupart des pays occidentaux, et dans les pays du Sud, périphériques, le prolétariat est souvent absent comme classe, dilué dans des mobilisations démocratiques, citoyennistes et inter-classistes, comme le montre l'exemple du Printemps asiatique.

Cette réunion a pour but de débattre de ces enjeux, de confronter les points de vue des organisations et militants révolutionnaires présents aujourd'hui, et d'interroger les perspectives futures, notamment d'intervention communiste au sein de la classe ouvrière, dans une période peu propice, pleine de dangers pour la classe ouvrière. Je propose de la diviser en deux temps. D'abord, pendant environ 1h30, comment analyser la situation internationale, en termes de conflits guerriers, de crises économiques, d'intensité de la lutte de classe. Ensuite, pendant 1h30 également, que peut-on faire aujourd'hui contre la marche à la guerre ? Comment intervenir au sein de la classe sur cet enjeu ?

Groupe Révolutionnaire Internationaliste
11 mars 2026

(1) leftcom.org

(2) leftcom.org

Saturday, March 14, 2026